Premier Vampire

Début novembre, c’est parfait pour poster un texte un peu sombre non ? Une histoire de vampire par exemple. Ce texte est un élément de Background pour un personnage imaginé pour une série de comics. La même série que pour les cavaliers de l’apocalypse.

C’est l’histoire d’un jeune homme de 14 ans qui vivait seul avec sa mère dans une grotte.
Elle avait préféré s’éloigner de sa tribu pour le mettre au monde.
Elle avait préféré aussi ne jamais les rejoindre.
Au début, c’est elle qui subvenait à leurs besoins et, avec le temps, c’est lui qui prit le relais. Il était doué à la chasse.
Un jour, près d’un lac, il vit une jeune fille en train de nager. Il l’aima instantanément. Elle le vit, lui sourit et il s’approcha d’elle. Elle ne le repoussa pas, au contraire, elle lui montra comment faire l’amour. Ce fut probablement le meilleur moment de sa vie.
Mais celui-ci fut de courte durée. Alors qu’il savourait encore cet état de bien-être, il vit les autres mâles s’approcher d’eux souriant. Plus ils se rapprochaient plus il eut l’impression d’être enfermé dans un piège. Elle dormait prés de lui. Il la réveilla mais elle ne partageait pas sa peur. Au contraire, elle fit des signes aux autres mâles. Il prit peur et partit l’abandonnant.
Il rentra sans sa grotte et se réfugia dans les bras de sa mère qui l’apaisa. Mais ce calme fut de courte durée.
Ils l’avaient suivi et entrèrent dans la grotte, plusieurs mâles. Le plus âgé projeta le jeune homme à terre d’un revers de la main.
Il s’assit sur lui et lui tint les cheveux, bloqué, pendant que les autres, les jeunes, perdaient leurs virginités les uns après les autres sur sa mère.
Quand ils eurent fini, le vieux s’approcha de la mère et lui brisa la nuque d’un coup de talon derrière la tête.
Ils le tabassèrent au sol puis partirent et le laissèrent pleurer le cadavre de sa mère.
il erra pendant des jours et des nuits autour du campement de la fille. les jeunes lui lançaient des pierres et elle, elle aimait se faire prendre aux yeux de tous.
Une nuit, il vit un troupeau de bisons. Éloigné du troupeau, un vieux bison semblait au ralenti. Il meuglait de temps en temps de façon lancinante et plaintive. Le jeune homme se dit qu’il devait être blessé et qu’il valait mieux l’achever. Il s’approcha de lui discrètement. Le sang coulait légèrement du dos au flanc du bison.Il but quelques gorgées de sang au contact de la bête. Se redressant, il repéra l’auteur de la blessure du bison : une chauve souris était plantée entre les deux omoplates de la bête et se nourrissait.
Le bison tomba sur ses pâtes. La chauve souris se décrocha et reprit son vol. Il la regarda tournoyer et disparaître dans le noir.
C’est à ce moment qu’il la senti se fixer entre ses omoplates. Il n’eut même pas le réflexe de se débattre et tomba à genou puis face contre terre.
Je n’ai pas vraiment mal mais je ne peux plus bouger. Il fait un peu froid.
Il se réveille de jour, affamé. Sa vue est trouble et rouge. Il a des mirages, tout est flou, le soleil est insupportable. Pourtant il ne pleure pas. Ses yeux sont secs. Il s’abrite a l’ombre, cherchant l’obscurité pour attendre la nuit.
La nuit finit par arriver et la faim est encore plus grande. Il sait ou se nourrir, et il en lèche ses canines d’avance. Au campement, le feu est allumé mais tout le monde dort. La sentinelle est assoupie. Elle dort près du vieil homme.
Il le tue en lui brisant la nuque, d’une main, sans aucun effort. Il ne se connaissait pas une telle force mais il apprend à la connaître. Il se place sur elle et lui contraint la bouche fermée de sa main. elle se réveille, gémit, se débat et pleure. Il est bien trop fort pour elle, pour eux tous d’ailleurs. Il pose ses lèvres sur sa nuque et l’embrasse. Elle ne le lâche pas des yeux et semble se calmer un peu. Il plante ses dents dans sa nuque et la boit intensément. Elle se débat un peu mais pas longtemps.
Elle est froide, vide et ne fait plus aucun bruit. Il se relève, son menton et son torse couverts de sang. Il sourit et les contemple endormis. Il se met à rire.
Ils se réveillent tous et le fixent. La pluie se met à tomber. Il disparaît entre deux éclairs.

Ma tablette sur les genoux, je suis en train de taper ces quelques souvenirs sur un blog d’adolescent en prétendant que je suis passionné d’écriture. Tous ça dans la cabine d’un camion de transport bloqué dans un bouchon d’autoroute. Il pleut. J’ai faim. Le chauffeur est bientôt mort.

C’est fou le nombre d’humains que l’on peut hypnotiser, voir galvaniser avec quelques mots bien trouvés. Vive internet, c’est probablement la plus belle invention humaine. Certains critiques me prennent pour un prodige des romans du genre. Je ne fais que raconter ma vie. Et c’est finalement la meilleure couverture pour moi.

Bon je tape les remerciements et je me casse. Marre de l’autoroute, la ville est pas loin. A pied j’y serai avant le lever du soleil.

Vous êtes de plus en plus nombreux à me lire tous les jours. Ça fait vraiment plaisir. N’oubliez pas, si vous avez aimé le tome 1 des aventures vampiriques d’un jeune adolescent à travers les âges, un kickstarter est ouvert pour financer le tournage d’un épisode pilote pour une adaptation TV.

e-sport

Je n’avais pas encore pris le temps d’écrire au sujet de l’e-sport. C’est pourtant un phénomène qui me plait et que j’essaye de suivre en France.

Ce qui me décide à écrire à ce sujet c’est cette intervention sur canal + dans le grand journal. Cette intervention ou l’on se rend compte par le biais d’Antoine de Caunes et d’une journaliste que le phénomène est mal connu et mal perçu. Et pour le coup c’est toute la culture jeu vidéo qui est mal perçue puisque un gamer semble ne pas avoir de vie …

Pour commencer, qu’est- ce que l’e-sport ?

L’e-sport ou sport électronique se réfère à la pratique compétitive du jeu vidéo et de la recherche de performances. Car, pour ceux qui l’ignorent, de nombreux mécanismes de jeux sont conçus pour reposer sur les compétences des joueurs. Il va falloir s’entraîner pas mal d’heures avant de réussir des head shots dans counter strike, il va falloir apprendre par cœur son build order et le répéter de nombreuses fois pour assurer un bon timing en début de partie sur starcraft 2. Les compétences des joueurs sont de l’ordre du réflexe, de l’acuité visuelle, de la vitesse de réaction et de la bonne connaissance du jeu et de ses mécanismes. Dans les jeux en équipe on peut aussi souligner la compétence de synchronisation et de bon management de l’équipe. Réussir des performances dans un jeu demande donc de l’entraînement.

Au niveau des performances, on va retrouver dans certains jeux des mécanismes de scoring ou il s’agit de maximiser un score pour arriver en tête du classement (seul ou équipe), des mécanismes d’affrontement comme dans un tournoi d’échec (c’est le cas de LOL ou SC2 par exemple), en fonction du classement de l’adversaire avant le match est calculé le nouveau classement après le match, des mécanismes de timing ou il s’agit de réaliser le meilleur temps possible (fatalement ça se prête bien aux jeux de course mais il existe une pratique appelée speed game ou il s’agit de réaliser le meilleur temps dans un niveau d’un jeu, les Nesblogs diffusent régulièrement des prouesses dans le domaine).

Il y a donc des compétitions dans le jeu vidéo, il y a des champions et ces champions s’entraînent. C’est ce qui fait fondamentalement que l’on peut parler de sport électronique. Là dessus, viennent se greffer d’autres pratiques issues du sport :

  • Les tournois mettent en jeu de l’argent. Les gagnants raflent la mise souvent apporté par l’éditeur du jeu et des sponsors. Le cashprize de The International 4, le tournoi de Dota2 organisé par Valve en mai dernier a dépassé les 10 millions de $.
  • Les équipes sont fédérées, s’entraînent et ont des sponsors. La team coréenne Incredible Miracle (visite de la gaming house de la team IM) était sponsorisée par ASRock, Kingston Hyper X, Coca-Cola, Nvidia … On peut citer la team MVP en Corée toujours, la team Evil Geniuses aux USA, la team liquid en Hollande … et ces équipes sont internationales. Les joueurs sont transférés de l’une à l’autre régulièrement.
  • Les stars ont une carrière et un palmarès. Le parcours de MVP de broodwar jusque SC2 montre un profond engagement de ce joueur à son e-sport.
  • Les commentateurs ont aussi leur place dans l’e-sport. Les parties sont diffusées en ligne en live ( ou sur écran géant lors des finales des tournois ) et commentées par des joueurs expérimentés (pas forcément de bons joueurs, mais qui ont assez d’expérience pour analyser le jeu ). Parmi les plus célèbres, Day9 et Tod fournissent en vidéo tout ce qu’il faut pour devenir bon à Starcraft 2.
  • Des lieux dédiés à cette pratique permettent de regarder les matchs entre amis autour d’un verre. On parle aujourd’hui de BarCrafts mais plus largement, de nombreux lieux proposent régulièrement des soirées autour du thème du jeu (qu’il soit vidéo ou pas) et l’on peut être spectateur ou participant d’un tournoi de LOL, Dota2, SC2 … C’est le cas tous les mardi soirs à la fonderie de Folsom Street à San Francisco. Le lieu est super, l’ambiance géniale et c’est plein de gamers pas du tout asociaux.
  • Les grands tournois ont lieu dans des salles de spectacles et donnent lieu à des shows très bien orchestrés. L’occasion pour les communautés de fan de se regrouper, supporter leurs joueurs favoris et acheter des goodies. Parmi les grands tournois : la WCS regroupe les matchs de top niveau comme ceux de la GSL pour SC2, la LCS pour les matchs de LOL …

L’e-sport en France

En France on peut citer la team Millenium dont la gaming house est à Marseille, le joueur stephano, la société Alt Tab production qui a créé la marque O’Gaming ainsi que sa chaîne de streaming, on retrouve chez Alt Tab les commentateurs Pomf et Thud qui ont organisé les deux tournois SC2 Iron Squid à Paris, la franchise de bars Meltdown (on en a un à Montpellier aussi et on a aussi un autre bar e-sport, le TFS), la team française la plus ancienne à ma connaissance est probablement la team AAA qui faisait déjà parler sur Counter Strike.

Perd-on son temps en jouant ?

J’aimerai comparer l’activité de jeu à celle de lecture ou celle d’un spectateur de film. C’est une activité récréative, ou de détente. On est plus actif dans un jeu, plus engagé et cela permet de mieux faire passer certains messages. C’est en tout cas le parti pris des advergames et des serious game en e-learning. Après on peut toujours questionner le message d’un jeu comme celui d’un film ou d’un roman… Je pense que d’autres l’ont déjà fait et pour moi, cet intérêt n’est plus discutable. On utilise aujourd’hui des jeux vidéos contre l’autisme, pour apprendre sur sa maladie, pour former des gens et sauver des vies. Certes des jeux vidéos la plupart du temps conçus pour ça mais même des jeux purement ludiques ont leur intérêt pour la santé ou l’apprentissage. On cite souvent Assassin’s creed pour sa dimension historique et on sait bien que les shoot them up sont très bons pour développer les réflexes visuels et la coordination cerveau-moteur.

Ce qui me dérange c’est d’avoir encore à justifier l’intérêt du jeu vidéo alors que pour d’autres industries comme le cinéma ou la littérature tout le monde est persuadé de leur intérêt. Manifestement il faut encore rappeler que l’industrie du jeu vidéo brasse plus d’argent que le cinéma aujourd’hui. C’est un business, de nombreuses personnes y font carrière et si le CNC a créé des aides pour ce secteur c’est bien parce que le jeu vidéo nourrit aussi des artistes du secteur du cinéma. Aujourd’hui combien de diplômés d’écoles d’arts trouvent du travail dans le secteur du jeu vidéo ?

Mais pour vraiment rester dans le sujet il faudrait comparer le jeu vidéo au sport. Et là, je pense qu’il y a peut-être de quoi critiquer notre métier et notre passion. Le sport est bon pour la santé (quoique il faut contrôler la dose quand même). De nombreuses études tendent à montrer qu’une activité physique quotidienne permet d’allonger l’espérance de vie. Je ne pense pas que ce soit le cas d’une activité jeu vidéo quotidienne. En tout cas pas du SC2. Peut-être que l’on pourra montrer que c’est bon pour les facultés cognitives mais malheureusement, je pense que l’un de nos problèmes de santé actuel et futur est celui des TMS ou autres maladies liées à une posture assise devant un ordinateur. Donc non, s’entraîner 12 heures par jour à SC2 n’est pas bon pour la santé. Par contre, je ne suis pas sur que s’entraîner 12 heures par jour au foot soit bon également. La posture assise devant un ordinateur ne concerne pas que les gamers et enfin, le jeu vidéo permet aujourd’hui d’utiliser de nouvelles interfaces basées sur le mouvement. Donc peut-être que bientôt on pourra montrer que pratiquer une activité jeu vidéo quotidienne est bon pour la santé. En tout cas, c’est le parti pris de ma société NaturalPad ^^

Il reste une dernière comparaison à faire, est-ce que l’on perd plus son temps en regardant un match de SC2 en ligne ou un match de foot à la TV ? … je ne crois pas que l’on puisse répondre à cette question honnêtement. Chacun ses goûts. Personnellement je n’ai jamais aimé les matchs de foot. Vu qu’on a eu le droit à une basse critique des fans de jeux vidéos sur canal +, pourquoi ne pas faire de même avec le football ? Les footeux sont-ils nombreux à faire de longues études ? J’ai côtoyé de nombreux gamers qui ont un sérieux bagage en informatique ou en art ou en bien d’autres domaines. Les footeux que je croise en STAPS ne vont pas bien loin pour la plupart. Par contre, ils ont des coiffures rigolotes et une certaine maîtrise de la langue française qui laisse rêver …

Ok c’est bas et je n’irai pas plus loin sur ce sujet. Mais ce que je fais là est tout à fait du niveau du commentaire d’Antoine De Caunes. La seule différence c’est que les stars de football sont idolâtrées depuis des générations grâce au petit écran. Le domaine brasse énormément d’argent et une star de foot c’est un exemple de réussite (belle voiture, belle compagne, beau costume, physique qui fait rêver …). Vu comme l’e-sport est en train de monter on va bientôt voir des success stories dans le domaine et on va bientôt voir des matchs de SC2 ou autre sur Canal + 😉

Conclusion

Je tenais à préciser que je suis un grand fan de Antoine De Caunes. D’abord parce qu’on a le même prénom et que petit je me suis pas mal identifié à lui lors de ses sketchs sur Canal+ en duo avec José Garcia. J’ai fait du théâtre et des courts métrages avec son travail en référence.

Canal + a diffusé la série Bref dont Kyan Khojandi est un grand fan de SC2. Dans le grand journal intervient régulièrement Monsieur Poulpe. Il me semble que lui et sa clique de Studio Bagel on partageait les mêmes références que tous ceux de ma génération. Et puis Canal + a été proche des gamers de nombreuses fois non ? Et Canal + a souvent sponsorisé la culture numérique non ? C’est pas chez Canal + que le présentateur de MicroKids est parti laissant sa place à Dr Clic en 1995 ? … Bref, Canal + est forcément un acteur de la culture numérique en France. Un grand nombre de personnes de ma génération et un grand nombre de plus jeunes baignent dans cette culture numérique. Du coup, dire du mal de cette culture, ce ne serait pas un peu se couper une grande part d’audimat ?

On va voir ce soir dans le Grand Journal ce qu’en dit Antoine De Caunes du coup. Il a annoncé aborder le sujet sur son compte twitter. Mais j’ai peur que le temps me manque pour regarder la TV. Après le boulot et un peu de sport je pense que j’irai en ville boire un verre et me faire une petite partie de SC2.

Un peu de quantification personnelle

Pourquoi ce post ? – Définition des interfaces naturelles

Chez NaturalPad on développe des jeux vidéos pour la santé utilisant des interfaces naturelles. Les interfaces naturelles c’est une façon de voir la conception d’interface en intégrant des comportements humains dits « naturels ». Les interfaces classiques du pc reposent sur le principe que l’utilisateur va utiliser un clavier pour saisir du texte et une souris pour pointer. Les interfaces naturelles vont chercher à définir des interactions basées sur des principes issues du mouvement, de la physique, de la voix, de la vision …

On va retrouver des dispositifs physiques permettant de capter ces formes d’interaction au cœur de l’innovation dans le domaine des interfaces naturelles. L’un de nos stagiaires à NaturalPad a dans son stage réalisé un état de l’art empirique et exhaustif sur ce sujet (rapport de stage à venir). On peut citer quelques succès connus comme le Kinect ou le leap motion. L’eye tracking est aussi une pratique qui fait parler depuis pas mal de temps avec le contrôle à la voix et le tactile.

La quantification personnelle c’est quoi ?

Dans le domaine de la médecine, depuis longtemps on tracke / suit / monitore les « biofeedbacks ». Toutes ces indications qui vont permettre à un soignant de réaliser une analyse de l’état de santé et poser un diagnostic (par exemple : rythme cardiaque, quantité d’exercice, poids, température … ). Avec les nouveaux dispositifs d’interfaces naturelles il devient possible de suivre un grand nombre de ces biofeedbacks à faible coût et en continu. On se retrouve avec des dispositifs connectés permettant de mettre en place des interactions naturelles et de quantifier son activité personnelle.

La quantification personnelle n’a pas attendu l’apparition de ces dispositifs pour exister mais ces dispositifs lui ont bel et bien donné une nouvelle dimension (lire Mieux gérer sa vie, sa santé, sa productivité). Avant, il fallait noter soi-même des informations de performance par exemple. Aujourd’hui, en portant un bracelet connecté, on a un bilan quotidien de son activité. En supprimant une étape d’auto-déclaration, on fait passer la quantification personnelle du stade d’activité de passionnés à activité à la portée de tous. Ce qui ouvre des perspectives en terme d’études de santé publique à grande échelle.

La question maintenant c’est de voir si ces dispositifs sont effectivement mûrs ou si on en est encore au stade du gadget. Pour NaturalPad, suivre l’évolution de ces dispositifs rentre naturellement dans notre activité de veille quotidienne. Ça fait quelques temps que j’ai commencé à tracker mon activité sportive. Je pense qu’il est temps de faire un premier billet sur ce sujet. Histoire de synthétiser un peu ce que j’en pense.

Mon activité sportive personnelle jusque là

Je ne me définis pas vraiment comme quelqu’un de sportif. Enfant, mes parents ont toujours poussé pour que je fasse du sport régulièrement, quitte à changer tous les ans. Ils avaient plutôt tendance à me faire goûter à tout. Mais j’ai longtemps vécu ça comme une obligation et une plaie… j’aurai préféré éclater les scores à Mario… Bref, je m’éclatais pas et j’étais pas bon en judo, athlétisme, tir à l’arc, escalade, natation, handball … J’ai commencé à vraiment accrocher une pratique sportive vers la quinzaine en me mettant à l’Aïkido. Le pic de ma pratique remonte à mes années fac ou via le service des sports universitaire je pouvais accéder à 3h de plus d’Aïkido que les 6h que proposaient mon club. Et pour bien tenir sur du long terme, je me suis mis à courir pour travailler mon endurance.

Après j’ai fait une thèse en informatique. Et là ça a été la déchéance niveau sport. Première année : rien du tout. Avec la quantité de travail il m’est devenu impossible de tenir des horaires réguliers d’entraînement. Et il a fallu que j’en arrive à avoir des problèmes de santé pour me remettre à bouger. J’ai repris la course et puis surtout l’escalade avec deux salles Altissimo qui se sont montées sur Montpellier.

Et après ça, ben j’ai créé une boîte. Mon emploi du temps ne s’est pas vraiment calmé. Par contre, notre thématique est clairement liée à la santé. Nous sommes hébergés à la fac de sports de Montpellier dans l’incubateur Euromov et on côtoie des médecins et des sportifs au quotidien. Le discours « sport pour la santé » on l’a bien entendu et ça paraît cohérent de s’occuper de soi pour bien s’occuper des autres. Donc, bien que je n’arrive pas à tenir des horaires réguliers ( il m’est impossible de suivre des entraînements d’Aïkido ou de Jeet Kune Do à des horaires fixes à mon grand regret … ) avec les collègues de travail on a quand même pris l’habitude d’aller très souvent courir, grimper, nager, faire du basket …. Nos WE « esprit d’équipe » se partagent entre game jams et sport (plongée, paintball de préférence).

Les dernières infos utiles puisqu’il s’agit de quantification personnelle :

  • j’ai 29 ans (30 en novembre)
  • je mesure 1m83
  • je pèse plutôt 70 kilos (avec un pic max à 75 quand j’ai vraiment rien fait depuis quelques temps et un pic min à 55 quand j’ai cherché la performance en course)
  • Je cours facilement 5km quotidiens et je suis monté à 20 km quotidiens l’été 2013
  • je suis tout naze en souplesse
  • Je ne fume pas (je ne fume plus pour être précis)
  • Je ne bois pas de l’alcool au quotidien

Les bidules que j’ai testé

Pour commencer, j’ai testé l’application Samsung Health parce qu’elle est proposée de base sur les téléphones Samsung. Je l’ai testé depuis le 9 février 2014. En gros l’application permet :

  • de compter les pas en se basant sur l’accéléromètre du smartphone
  • de suivre un entraînement de course (accéléromètre + GPS)
  • de suivre toute activité sportive en se basant sur du déclaratif
  • de suivre l’alimentation quotidienne en se basant sur du déclaratif
  • de suivre la courbe de poids en se basant sur du déclaratif

Ce qui a été positif :

  • L’évaluation des pas quotidiens est vraiment un truc intéressant je trouve. On évalue mieux ses trajets, on culpabilise de pas avoir fait ses 10 000 pas quotidiens et on se pousse à les faire. J’ai observé par exemple que juste en regardant ma courbe de nombre de pas, j’étais capable de dire quels jours j’étais au bureau ou quels jours j’étais en déplacement sur Paris par exemple.
  • Avoir une vision globale de mon activité sportive m’a permis de mesurer vraiment la régularité dans ma pratique et comparer les différents sports pratiqués (bien que j’émets de sérieux doutes sur la façon de calculer l’effort durant ses activités par l’application). J’ai trouvé ça ludique dans mon cas donc je pense qu’échanger sur les réseaux sur cet aspect pourrait marcher selon le cercle de proches avec lesquels j’échange.
  • C’est gratuit et déjà installé sur mon téléphone.
  • Je reçois une notification à mi-parcours du nombre de pas ce qui me pousse à aller au bout du quota attendu.

Ce qui n’a pas marché :

  • L’évaluation de mes entraînements de course… non mais sérieux mon téléphone est un galxy note S3. Je peux pas courir avec ça dans la poche. Déjà que marcher c’est pas évident avec un truc aussi gros … bon ok je pourrai avoir un plus petit smartphone mais depuis que j’ai ce téléphone je ne prends plus que ça avec moi en rendez-vous.
  • L’auto-déclaratif … je m’y suis prêté allé quoi les deux premiers jours ? Non, en fait vu que c’est dans les statistiques de l’application je peux vous dire précisément que j’ai déclaré 4 repas en 4 jours et puis j’ai abandonné.
  • L’évaluation de la pratique sportive me semble absurde. Je ne sais pas si elle l’est mais en tout cas j’émets de sérieux doutes. Je ne suis pas assez rassuré par l’interface pour penser que c’est fiable. Que je cours 5 ou 10 kms dans le même temps, c’est le même nombre de calories brûlées … ce n’est que proportionnel au temps ? idem pour une séance d’abdominaux, c’est pas le nombre qui compte mais la durée … Le concept même de calories j’y comprends rien. J’ai le même problème avec les calories de la base de données alimentaire  : Un cheeseburger 379kcal, un bacon burger 427kcal, un extra burger cheese de quick 584kcal, je trouve des burgers jusqu’à 900kcal dans la base de données d’aliments de l’application. Ok ce n’est pas une nourriture saine. Mais là, y a tellement de données que je suis complètement paumé. Le seul truc marrant c’est qu’un jour j’ai mangé un petit beurre et j’ai calculé par rapport aux indications du paquet son nombre de calories et je l’ai ajouté à la base de données de l’application. En gros, c’est trop flou comme donnée pour moi et je préférerai un indicateur ad hoc. Soit il y a de la science derrière et l’application fait un effort pour me l’expliquer (et d’après mes conversations avec les chercheurs du M2H je pense que y a pas de sciences derrière dans cette application) soit il vaut mieux me donner un indice inventé pour l’application qui me donne un point de repère. Cet indice peut même faire l’objet d’un peu de ludification.
  • Y a la possibilité de prendre ses aliments en photo mais ça ne sert à rien du tout. J’ai rêvé un instant que l’application soit capable d’évaluer les calories de ma nourriture sur photo.

Prise en main de deux autres dispositifs

Pour la suite de notre veille, on a acheté 2 autres dispositifs :

Déjà, avant tout, on développe des jeux et l’interaction nécessite d’avoir des feedbacks très rapides de ce que capte un dispositif connecté. Je suis un grand défendeur des API Web pour l’ouverture des données. Mais pour de l’interaction on a besoin de quelque chose de beaucoup plus rapide. On veut même de l’immédiat. Ni le Up ni la balance ne permettent à ses utilisateurs d’accéder aux données brutes par bluetooth et ça déjà, c’est dommage.

Pour le UP, l’API en ligne est clairement uniquement orientée Web. L’API se trouve très simplement en tapant API UP Jawbone dans google.

Pour la balance de Withings c’est déjà plus compliqué … j’ai des pages d’erreurs, des pages de développeur mais j’ai pas vraiment trouvé une doc ouverte officielle. Ça complète ma frustration. J’avais tant d’espoir sur la possibilité d’utiliser la balance de Withings en remplacement d’une Wii Balance Board… mais bon un commercial de Withings sur le HIT m’avait expliqué à l’époque que la seule API ouverte est une API Web et que les données dont j’ai besoin, celles de la position du centre de masse, ne sont pas accessibles via ce biais. Il faudrait un accès direct à la balance pour avoir ces infos, sans passer par un serveur web. Et ça ne semble pas être dans la politique de Withings. Dommage, la wii balance board ne peut pas être commercialisée en dehors d’un usage sur wii et mon équipe n’a toujours pas de bon remplaçant pour ce périphérique …

Pour l’instant je n’ai pas encore beaucoup de recul sur l’usage de ces dispositifs. Ils sont arrivés hier soir. J’ai juste dormi une nuit avec le UP et j’ai fait mes premières pesées aujourd’hui avec la balance. Mais je peux déjà vous faire partager mes premières impressions à l’installation. J’en dirai plus au fur et à mesure de l’usage.

Le bracelet UP de Jawbone

Je vous livre donc mes retours de première prise en main du UP.

Ce qui marche :

  • Les petites vibrations toutes les 15 min pour me dire que je ne bouge pas assez. Je vais les régler sur 25 min comme ça ça me fixera mes cycles de pomodoro. Si je dois me lever de l’ordi toutes les 15 min je ne vais pas beaucoup bosser. Sauf que bon, c’est 15 min ou 30 min ou plus…
  • La notification pour signaler que le up s’est synchronisé avec mon smartphone. Comme ça je suis sur que j’ai des infos à jour quand je consulte mes statistiques.
  • Les petites tirettes dans l’interface pour fixer ses objectifs. On sent que l’application est conçue pour être simple à comprendre. Et quand il y a du texte c’est de l’information en plus qui donne de la caution au produit comme par exemple le taux de sommeil recommandé par la National Sleep Association. J’ai dormi 6h sur mes 9h de nuit. Pas si mal. J’essaye de profiter du mois d’Août pour récupérer mon retard de sommeil accumulé sur le reste de l’année.
  • Le lien vers l’application withings et les autres. Comme je testais en même temps la balance de withings j’ai eu envie de lier mes deux comptes pour partager des informations communes. L’application du UP propose des ponts vers pas mal d’autres applications. C’est une bonne politique.

Ce qui n’a pas marché :

  • re-saisir toutes mes informations personnelles comme âge, sexe, taille, poids. Quoique ce n’est pas la pire interface que j’ai vu et il y a que ces 4 infos à re-saisir. Mais n’empêche, mon téléphone sait déjà tout ça.
  • Le prix du UP. 150 euros …
  • J’espérais avoir directement mon rythme cardiaque avec le up. Il est bien placé sur mon poignet il devrait pouvoir le faire …

La balance Withings

Ce qui a marché :

  • indicateur de la température du bureau. La balance nous annonce 3 degrés de plus que le thermostat officiel du bureau… et je pense que oui il fait plus chaud que ce qu’on essaye de nous faire croire.
  • Indicateur de CO2 figé sur Bon. Ça a un effet positif immédiat sur mon mental. Je me sens en sécurité et tellement bien.
  • L’identification en fonction du poids.
  • La mesure du rythme cardiaque en se mettant pieds nus. Dommage que l’on n’ait pas un feedback temps réel en permanence.

Ce qui n’a pas marché :

  • re-saisir toutes mes informations personnelles comme âge, sexe, taille, poids. Là pour le coup l’interface Androïd est vraiment pas top. Le pseudo on a que 3 lettres en majuscule, le poids j’ai du le re-saisir 4 fois avant de comprendre ou valider. Et le poids ???? pourquoi alors que je vais installer une balance pour suivre mon poids, je dois saisir manuellement mon poids ?
  • J’ai coché Athlète parce que je vois pas pourquoi il y aurait des fonctionnalités pour les athlètes auxquelles je n’aurai pas le droit.
  • L’application me propose de fixer un objectif de poids. Pourquoi pas. Après tout j’ai mis que je pesais 73,6kg sans me peser (c’est l’application qui me propose ce poids … je ne sais pas d’où ça vient) et je vais dire que je veux descendre à 60kg. L’application me propose de perdre 1kg par semaine… honnêtement, tomber à 60kg pour 1m83 est-ce que c’est vraiment un bon calcul ? Je suis pas sur et j’aurai aimé que l’application me dise si c’est raisonnable ou pas.
  • L’application me recommande 73,6kg. Bon je finis la configuration toussa toussa et là enfin je peux faire ma première pesée. En fait je pèse 71,4kg. Bon ben au lieu de se dire que y a un soucis, l’application me félicite parce que j’ai déjà perdu 2kg… ah bon et surprise, le temps de saisir ce commentaire, j’ai repris du poids … je suis même pas remonté sur la balance et personne de chez moi ne l’a fait à ma place. Bon ça y est tout le monde dans le bureau monte dessus pour voir ce que ça dit. Je sens que ma courbe de poids va faire n’importe quoi … je crois qu’il va falloir que j’apprenne à configurer les profils utilisateurs.
  • L’absence de feedbacks de synchronisation à la balance. Je ne sais pas si j’ai manqué une info mais quand je me pèse je m’attends à voir l’information de mon poids et de mon rythme cardiaque mis à jour instantanément. Il y a un bouton pour rafraîchir que je spam énormément. En fait il faut bien que je laisse mon smartphone tranquille et il finit par se synchroniser.
  • Bien que l’application withings puisse être liée à celle du Up de jawbone, l’application withings ne liste pas celle du Up.
  • Le prix là encore 150 euros.

Bon je dis pas mal de points négatifs sur la balance mais au final je suis bien content de l’avoir au bureau. Je pense que ça va devenir un rituel quotidien de mesurer son poids et son rythme cardiaque pour pas mal de gens ici. Tout le monde a déjà joué un peu avec.

Remarques / ouverture / ce que vous voulez 😉

J’aimerai avoir une vision encore plus précise de mes distances parcourues. Par exemple il y a une application d’étalonnage qui permet de faire un parcours connu et de confirmer la précision du UP. J’aimerai que mes déplacements soient suivis et situés sur une carte pour savoir combien de pas je fais entre le bureau et la boulangerie pour acheter mon sandwich à midi par exemple. Si ça se trouve il y a une autre application à ajouter pour voir ça… mais en fait, je trouve que déjà là en combinant la balance et le UP, je dois jongler entre deux applis. Si on ajoute celle de Samsung Health … De la même façon j’aimerai mesurer mon rythme cardiaque et ma respiration en fonction de mes événements dans mon agenda. Je me demande quelles sont mes activités quotidiennes les plus stressantes… Je parie que mon quart d’heure de voiture le matin n’est pas très sain.

On est en train d’avoir plein de petites applications sur smartphone, sur le web …  J’aimerai avoir une vision globale de tout ça. Une interface ou je place mes widgets un peu à façon. Un mashup qui agglomère pour moi le plus pertinent. Ça rejoint pas mal un projet de recherche ANR que nous avions déposé Mathieu Pesin Unlish, Julien Cotret Alt Shift et moi-même. Pour l’instant, toutes les boîtes de dispositifs connectés, d’applications pour la santé, de jeux … définissent leurs propres formats de données. J’ai vu quelques tentatives d’uniformisation en utilisant le Web Sémantique mais je n’ai toujours pas vu la killer application qui utilise / convertit ces données et nous propose un vrai tableau de bord global de notre activité.

Après c’est peut-être une lubie de développeur web. J’ai acheté ces bidules, j’utilise ces applications, je produis des données, ces données m’appartiennent quelque part, je peux normalement demander à les supprimer, gérer des accès pour du partage entre applications … j’aimerai pouvoir moi-même accéder à ces données et les intégrer dans des services personnalisés par mes soins.

Graffitis du Verdanson

Bob l'éponge façon quai du verdanson

Une balade sur les quais du Verdanson une après midi et quelques photos des Graffitis de Montpellier. Pour cette balade prévoir des baskets et une lampe torche. Et évitez d’y aller quand il pleut aussi … Le démarrage est vers les Aubes et ça termine vers Philippidès. Il y a quelques très bons graffitis, et pour ceux qui connaissent, du Jonnystyle, du Hazo, du Loko …

Pour accéder à l’album photo complet.

De la lampe

Pierre c’est mon deuxième prénom. En fait, c’est celui que voulait me donner ma mère mais par amour et confiance en mon père, elle l’a laissé choisir entre les deux prénoms pour lesquels ils hésitaient … du coup, je m’appelle exactement comme mon arrière grand-père Antoine Pierre Seilles.
Mais cette anecdote n’a aucun rapport avec l’histoire qui va suivre. En fait, je vous raconte ça juste parce que dans une série de scénarios de courts métrages que j’ai écrit, j’ai décidé d’appeler le personnage principal Pierre.
Pierre, c’est un peu l’éternel amoureux timide et naïf qui loose à chaque fois. Personnage récurent donc qui va accumuler les échecs.

De La Lampe est l’un de ces scénarios. L’un des échecs de Pierre. J’aime bien le côté fantastique de ce scénario. Mais son principal défaut, c’est son titre qui dévoile trop de l’histoire. Vu que c’est pensé pour un court métrage, je pense que la solution serait de ne pas afficher le titre avant le générique de fin…

Plan séquence
Dans une caisse en bois, on suit l’arrivée de la lampe jusqu’à ce qu’elle soit posée sur l’étagère dans la brocante.

Int Jour Dans une brocante
PIERRE attrape la lampe sur l’étagère et la frotte pour enlever la poussière. JENNY en tenue décontractée arabisante, vêtements larges, sarouel, piercing aux oreilles et babouches s’approche de lui. Il ne la voit pas venir.
Jenny : bonjour, que puis-je faire pour vous ?
Pierre : Heu rien. Je ne fais que regarder. En fait, cette lampe me plaît bien. Elle est à combien ?
Jenny : Elle n’est pas à vendre.
Pierre : Dommage. Elle aurait été parfaite…
Jenny : Prenez-la. Elle est à vous.
Pierre : Vous êtes sérieuse ?
Jenny : Bien sur. Prenez-la, elle est à vous.
Pierre : Merci.
PIERRE passe devant le vendeur absorbé par ses comptes et sort du magasin.
Jenny : Au revoir.
Pierre : Au revoir.

Int Jour Dans un tram
Assis, PIERRE regarde la lampe de prés et la frotte. JENNY passe à côté de lui, cette fois habillée en petit tailleur à la mode et portant de nombreux sacs de magasins de fringues.
Jenny : excusez moi.
Elle s’assoie sur la place en face de lui. Bouche bée, PIERRE ne la lâche pas du regard.
Jenny : Il n’y a pas d’inscription vous savez. Vous aurez beau la frotter vous ne trouverez rien.
Pierre : Je ne vous avais pas reconnu.
Jenny : Oui je me suis mis au goût du jour.
Pierre en montrant les sacs d’un mouvement de tête : Vous vous êtes fait plaisir.
Jenny : Pardon ?
Pierre : Je veux dire, tout ces achats, ça a dû vous coûter cher.
Jenny : Ah ça! non c’est rien.
Pierre : Ah… il tourne la tête vers la fenêtre du tramway, puis revient vers elle Et sinon, ça vous dirait d’aller boire un verre ?
Jenny : Volontiers. Chez vous ?
Pierre : Heu… Ok… Vous vous appelez comment au fait ?
Jenny : Génie.
Pierre : Jenny comme Jennifer ?
Jenny : non non, Jenny comme Génie.

Int jour Appartement de Pierre – salon
Ils boivent un verre à ballon face à face. Il l’observe, elle pose son verre. Le fait tourner du bout de ses doigts, lève la tête vers lui et lui sourit.
Jenny : Alors dites-moi, de quoi auriez-vous envie ?
Pierre : Pardon ?
Jenny en souriant : Que puis-je faire pour vous satisfaire ?
Pierre : Heu … et bien … je sais pas moi … pour commencer, on se tutoie. Et ensuite, heu, faire l’amour avec vous ?

Int jour Appartement de Pierre – chambre
PIERRE tombe la tête en arrière, allongé sur le lit. JENNY se place sur lui et l’embrasse. Ils font l’amour éclairés pas la lampe.

Int jour Appartement de Pierre – bord de fenêtre
JENNY sort du lit et va sur le rebord de fenêtre accoudée au balcon. PIERRE arrive prés d’elle.
Pierre : La vue n’est pas terrible.
Jenny : Tu souhaiterais une vue sur la mer ?
Pierre : Ah ben oui tiens. Une belle vue sur la mer, ça serait parfait.
La vue donne maintenant sur la mer.
Jenny : Souhait exaucé.
PIERRE reste bouche-bée. JENNY, portant son tailleur et ses sacs à la main, pose un doigt sur la lampe et disparait avec la lampe.

Deinos

Cet été à NaturalPad, on a eu une stagiaire de SupInfogame. Célia Gironnet avait un devoir à faire. En plus de son stage, elle devait écrire une nouvelle sur le désir.
En discutant un peu avec elle, je lui ai proposé quelques références et j’ai fait quelques relectures.
On sent bien la référence à Gunnm.

J’aime bien l’histoire de Deinos :

Deinos – un désir inachevé

Deïnos habitait un vieil appartement au cœur de la banlieue du bloc #274.
En sortant de l’appartement, il tient un enfant par la main. L’enfant est blond et ses grands yeux bleus sont le reflet de son désir de découvrir le monde, partir d’ici loin de la décharge.
Deïnos est de taille moyenne, a les cheveux noirs bouclés, une barbe pointue poivre et sel mal taillée et des yeux noirs. Ils descendent les trente étages qui les séparent du sol et prennent un taxi. Sur le chemin, l’enfant compte les voitures de police qu’ils croisent, fonçant à toute vitesse dans le sens opposé. La porte était restée ouverte et un voisin a dû entrer dans l’appartement. La route sera longue. L’enfant découvre les rues du bloc, lui peut se remémorer toute cette histoire.
Le bloc #274 était réputé comme étant la plus grande zone industrielle cybernétique de toute la région. C’est au centre qu’avait lieu toute la production. La banlieue, elle, servait de dépôt pour tous les déchets provenant des usines. Entre les bâtiments d’une cinquantaine d’étages, des zones entières où s’amoncelaient débris mécaniques, électroniques ou humains. Toute sorte de trafics s’organisaient autour de ces zones : les habitants étaient pour la plupart désœuvrés, pauvres et cohabitaient avec la crasse et la vermine. Beaucoup n’avaient pas la chance d’avoir un appartement et dormaient à même la rue. Pour survivre, certains fouillaient ces zones à la recherche de pièces encore utilisables dans l’espoir de pouvoir les revendre au marché noir.
Deïnos vivait seul chez lui. Ses revenus lui permettaient de vivre convenablement, sans excès. Il était mécanicien. La plupart du temps il réparait ce qu’on lui apportait : robot ménager, simulateur de réalité virtuelle, et une kyrielle d’autres objets cybernétiques indispensables, certains même peu avouables. Il allait tous les jours à la décharge récupérer des pièces sur des objets jetés. Ce qu’il aimait surtout, c’était la biomécanique, les cyborgs.
Il aimait le mélange de la chair humaine, chaude et malléable avec la dureté et la froideur du métal. Trifouiller les organes, naturels et artificiels, ça, ça le passionnait. Mais il lui manquait quelque chose ; un objectif, un projet, un accomplissement. Deïnos était en vérité un homme malheureux. Il était introverti, il ne savait pas communiquer et il n’était pas sûr de vouloir le savoir. Il n’avait ni ami, ni famille, ni amour, et il n’avait pas souvenir d’en avoir déjà eu. Pourtant, son désir était de transmettre ce qu’il savait, toutes ces connaissances accumulées, tout ce savoir. Il lui fallait quelqu’un à qui l’enseigner : il voulait un enfant. Pour pouvoir se reproduire, il était prêt à dépasser son handicap social, il allait trouver une femme.

Élever un enfant dans cette banlieue n’était pas chose aisée. Aucune structure ne prenait en charge leur éducation qui revenait intégralement à la charge des parents. Un enfant revenait cher et la plupart finissaient par être refourgués au marché noir pour que leurs organes soient vendus. Souvent, ils finissaient comme esclaves sexuels ou servaient à récupérer du matériel dans les endroits les plus exigus de la décharge. Mais Deïnos avait confiance, s’il avait un enfant, pour rien au monde il ne le vendrait, et il lui apprendrait à survivre dans cet univers cruel.
Des femmes, il y en avait beaucoup dans les rues du bloc #274. Des prostituées, des mendiantes, des miséreuses mais aussi des travailleuses, acharnées, revanchardes, qui survivaient à force de volonté et qui rêvaient de s’en sortir. Des rêveuses, oui, c’est bien le meilleur terme pour les nommer parce que personne ne sort vraiment de la décharge. Quand on habite à la décharge, on est un déchet pour la vie. On a beau essayer d’avoir la classe, bien se saper et avoir des goûts de riche, c’est du fiel qui coule dans nos veines. Deïnos avait conscience de ça. Il était de la décharge, pourri de l’intérieur, et il trouverait à la décharge une femme tout aussi pourrie de l’intérieur.
Pourtant, il n’avait jamais osé aborder l’une d’entre elles. « Démarrer une conversation est probablement ce qu’il y a de plus difficile », cette pensée le rassurait. Une fois qu’il saurait faire le premier pas, le reste viendrait tout seul.
Tous les soirs il se rendait au bar de la décharge, juste en bas de chez lui. C’était un vieil établissement. L’alcool avait des vapeurs d’essence et coûtait un bras. La clientèle comprenait un échantillon de poivrots, voyous, voleurs, et petites frappes qui arpentaient les rues, harcelant mendiants et prostituées. Mais ce bar abritait un trésor. Sibelle, la serveuse, portait fort bien son nom. Elle était considérée comme la plus belle femme non cybernétique de la région. Elle avait des cheveux blonds qu’elle regroupait en chignon. Des mèches folles tombaient devant ses grands yeux bleus rieurs. Elle ne cessait jamais de sourire. Les premières fois il ne la considéra que comme un outil, la femme idéale pour procréer. Et puis, petit à petit, il s’y attacha. Il l’observait naviguer d’un pas léger entre les tables, fasciné par le mouvement de ses hanches. Il se surprit même à devenir jaloux de ceux auxquels elle souriait. Un soir, il s’était décidé, il allait le faire. Il avait mis ses plus beaux habits, avait taillé sa barbe et ses cheveux et apportait un bouquet de fleurs synthétiques de première qualité. Arrivé au bar, il se dirigea directement vers elle et lui tendit les fleurs d’une main hésitante. Elle les accueillit avec un sourire et rougit. Il passa une partie de la soirée accoudé au bar en lui parlant de tout et de rien, il ne pouvait plus s’arrêter. Elle riait à ce qu’il lui disait tout en servant les clients. Quand Il sortit, il avait un sourire éclatant sur le visage. Il avait parlé à une femme.
Malheureusement pour lui, Deïnos était attendu au coin de la rue. Ivres, ils tenaient des planches de bois et des barres de fers ramassées dans la décharge. Apparemment, son bouquet n’était pas du goût de tout le monde. Le chef de la bande était un habitué du bar, il considérait la serveuse comme sienne et voulait couper court au désir ridicule de Deïnos. Et ridicule, Deïnos l’était sûrement, baignant dans son sang après qu’il ait été piétiné. Ses agresseurs avaient particulièrement insisté sur son entrejambe, comme si ils avaient voulu briser tous ses espoirs de reproduction.
La douleur le réveilla. Allongé dans une ruelle derrière le bar, les vêtements gorgés de sang, il ouvrit difficilement les yeux. Sibelle était penchée sur lui. Choqué et honteux, il la repoussa d’un geste brusque, se releva en titubant, fit quelque pas sans se retourner pour s’effondrer à nouveau quelques mètres plus loin dans une autre ruelle. Il se réveilla avec le soleil, du sang séché autour de la bouche. La rue grouillait déjà de monde. Personne ne l’avait remarqué, après tout, ce n’était qu’un déchet de plus. Il se traîna le long des façades d’immeubles, prenant appui à chaque pas, jusqu’à son appartement. Deïnos se coucha et resta allongé un long moment. Ses pensées étaient amères et son corps le lançait en permanence, lui rappelant ce qui s’était passé la veille. Il prit une grande décision ce jour-là, il créerait seul sa descendance.
Il revenait chez lui le sac rempli de pièces rares qu’il avait trouvées dans la décharge. Il savait où chercher. Il les testait et quand une pièce était en bon état il l’intégrait dans l’œuvre de sa vie : sa descendance. Il s’était mis en tête de créer un être à son image, un prolongement de lui-même. Il voulait, à travers cet être, prolonger sa propre existence.
Il y passa toutes ses nuits, allant à la décharge le soir, tard, récupérer des pièces. Etant bio-mécanicien, il n’eut pas de mal à faire la coque, un peu de ferraille, un peu de chair. Des cyber-cerveaux, il en avait déjà monté. Au bout de seulement quelques mois, il put l’activer. En face de lui l’automate ouvrit de grands yeux et examina chaque recoin de la pièce, il ne parlait pas ou s’exprimait seulement par onomatopée. Il observait son créateur pendant que celui-ci continuait son travail. L’activation du robot avait redonné un élan de joie à Deïnos, il se sentait heureux et travaillait sans relâche. Tout en bricolant, il apprenait les rudiments du langage à son chef-d’œuvre. Bientôt, l’armature complète fut terminée et le robot prononçait quelques mots. C’était un esprit d’enfant dans un grand corps. Son rêve s’accomplissait. Ce avec quoi il eut le plus de mal fut la peau et les cheveux. Ils devaient être strictement identiques aux siens. La pigmentation s’avéra difficile, il dut utiliser une greffe de sa propre peau, associée à de la pâte synthétique pour obtenir le résultat qu’il désirait. Après plusieurs essais, l’automate avait enfin son aspect définitif. Il termina son œuvre, rajoutant chaque grain de beauté, chaque cicatrice aux endroits qui convenaient, puis il recula et admira son fils.
La création du robot lui avait pris en tout un peu moins d’un an. Celui-ci lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. Pour ce qui était des capacités physiques, Deïnos avait veillé à ne prendre que des composants d’exception. Il avait ainsi créé un robot surpuissant et quasiment indestructible.

Il se mit à tout lui apprendre. L’automate sut lire et écrire au bout de seulement deux mois. Il apprit également les sciences, mais aussi l’art, l’histoire et la politique. Ce que ne savait pas Deïnos, l’automate l’apprenait au travers d’ouvrages téléchargés sur le réseau. L’automate était heureux, au début, il aimait apprendre. Mais Deïnos lui, devait continuer son travail de réparateur pendant la journée et son fils restait dans la partie privée de l’appartement quand les clients arrivaient. Dans un premier temps, les livres et le réseau lui suffirent lorsqu’il était seul. Mais il dévorait ces ouvrages à une vitesse inimaginable pour un humain et il n’eut vite plus rien à lire. Sur le réseau il faisait des rencontres, il discutait et ça lui donnait envie d’avoir un contact, un vrai rapport physique avec la personne et surtout, d’aller à l’extérieur voir le monde. Il se mit à regarder les gens par la fenêtre et écouter les bruits de la rue, les alarmes, les cris, la violence. Sa vue lui permettait de voir avec suffisamment de détails ce qui se passait en bas. Regarder par cette fenêtre et imaginer sa vie dans la rue devint son occupation principale. Il voyait Deïnos aussi, chaque fois qu’il devait sortir chercher une pièce à la décharge il passait dans son champ de vision. Et il repéra vite son comportement étrange, chaque fois qu’il passait devant le bar de la décharge. Il s’arrêtait pendant quelques minutes à distance puis repartait. Le robot tournait en rond dans l’appartement. Au bout de 6 mois, il avait atteint la maturité d’un enfant de douze ans, et il commençait à tenir tête à son père. Il se mit à réclamer le droit de sortir. Il était bien sûr impensable qu’il sorte de jour, ayant exactement le même physique que Deïnos. Celui-ci finit cependant par lui céder le droit de sortir la nuit. Après tout, son fils était solide. Quelques mois passèrent encore et le fils de Deïnos gagnait en maturité et en savoir. Ses sorties nocturnes le confrontèrent à la violence du bloc #274 et il apprit à se battre. Cette violence le comblait. Pendant un temps, elle lui permit de remplir le vide qu’il ressentait : quelque chose qu’il sentait chez son créateur mais que lui n’avait pas. Deïnos continuait d’améliorer son protégé. Il se débrouillait toujours pour trouver des pièces de rechange de meilleure qualité. Les séances d’entretien de son fils étaient, avec les cours qu’il lui prodiguait, ses rares moments de proximité. Dès que possible, son fils fuyait arpenter les rues. Deïnos tentait de discuter avec lui mais se faisait rembarrer sans aucune forme de politesse. Quelque chose clochait. Il ne savait pas quoi et il était incapable de converser avec son fils. Une nuit, alors que celui-ci était sorti, Deïnos fouilla sa chambre. La maison n’était pas grande mais il avait aménagé une partie de son atelier pour en faire une petite zone d’intimité pour son fils avec un matelas ; il n’en avait pas réellement besoin mais Deïnos voulait qu’il ait une vraie chambre ; un vieux bureau et une petite bibliothèque. Il fut ému un instant. Et puis, il vit une malle en métal rouillé qu’il n’avait pas apportée. Plus il s’approchait plus il la sentait. Cette malle dégageait une odeur forte, une odeur de mort. Il l’ouvrit et vit son contenu, horrifié. Une collection de cœurs dont certains commençaient à pourrir. Il referma violemment la malle retenant une nausée. C’est à cet instant qu’entra son fils. Il avait les avant-bras couverts de sang. Deïnos était furieux.

– Qu’est-ce que tu fais quand tu sors ? Tu tues des gens ? C’est ça ? Tu es un assassin ? J’ai créé un assassin ? C’est quoi dans cette malle ?

– Mes trophées.

Deïnos ne s’attendait pas à une réponse. Et celle-ci ne le calmait pas.

-Mais pourquoi ? Pourquoi tu fais ça ?

-Je ne sais pas, je voulais savoir comment c’était un cœur qui bat…

Il s’approche de son père, l’attrape par le cou comme pour l’étrangler et le soulève à bout de bras. Calmement, en le regardant se débattre droit dans les yeux, il lui annonce la simple et dure vérité :

– A quoi tu sers? Tout ce que tu sais je le sais. Tout ce que tu fais je le fais et en mieux. Tu es vieux, diminué, gras et déprimé. Tu ne sais pas vivre. Tu me dégoûtes. Je souffre que tu m’aies mis au monde et qu’il y ait de toi en moi. Je refuse de te ressembler et toute ma vie je me définirai par opposition à ce que tu es. Je ne connais ni le désir ni l’amour mais grâce à toi je connais le dégoût, la haine et la rage.

Il se souvenait de la première fois qu’il l’avait fait. C’était la troisième fois qu’il sortait. La première sortie avait été agréable. Il se sentait libre et se mit à courir dans les ruelles, c’était une nouveauté pour lui d’avoir autant d’espace. La deuxième nuit, il y était allé plus doucement et avait observé ce qui se passait autour de lui. Il avait vu des hommes qui titubaient, des femmes en tenue légère qui tentaient de l’aborder ou certains qui dormaient à même la rue, il était curieux, mais n’avait pas osé les approcher. La troisième nuit, par contre, il avait eu droit à un contact. Dans une ruelle, il avait entendu les plaintes d’une femme et s’était approché. Elle n’était pas seule. Un homme était sur elle et allait et venait entre ses jambes. Il resta là à observer un temps. Mais la femme finit par le voir et, prise de honte, se couvrit. L’homme remonta son pantalon et s’approcha hargneux.

– qui t’es toi ? Qu’est-ce que tu fais là ? Casses-toi.

Et l’homme se mît à le pousser. Sauf qu’on ne déplace pas si facilement un robot. Et là, ce robot venait de voir une chose qu’il ne comprenait pas : l’acte de reproduction. Il remarqua que les veines de l’homme étaient gonflées et battaient au rythme de son cœur. Et cet organe, il l’entendait battre. Et battre de plus en plus fort. Il n’avait même pas remarqué que la femme s’était levée et rhabillée et qu’à son tour, elle le bousculait et lui hurlait dessus. Et il eut envie de faire taire ce cœur. En un mouvement, il arracha le cœur de l’homme. Puis il attrapa la femme par le cou alors qu’elle était épouvantée. Il voulut la ramener près de lui mais lui brisa le cou. Il avait alors un légume, un être inanimé dont seuls les yeux pouvaient encore bouger, exprimant encore tout son effroi. Et le plus beau, c’est que son cœur battait encore. Il prit son temps. Il déchira la chair et écarta les côtes de sa victime pour pouvoir observer l’organe dans son milieu. Le cœur battait sous ses yeux. Les autres organes autour aussi étaient en action mais il ne se concentrait que sur le cœur qu’il regarda ralentir jusqu’à sa mort.

C’est sur ce souvenir qu’il décida de ne pas tuer son père. Il lui brisa la colonne et l’abandonna dans cette condition de légume. Il partit pour le bar de la décharge. Il savait qui était à l’origine du désir de procréation de son père. Il ne lui restait qu’à tuer l’objet de ce désir. Il entra dans le bar de la décharge. Comme toujours, aucune réaction. Ici il n’y a que des déchets. Les rebuts des rebuts de la société. Alors un de plus ou de moins…

Personne ne le remarqua. Il s’avança d’un pas lent jusqu’au centre et regarda autour de lui. Il scanna de ses yeux les gens du bar et fit son choix. Accoudé au comptoir, il y avait ce vieil homme qui fixait son verre. Il s’assit à côté de lui. Le vieil homme se redressa légèrement, saisit son verre et le but d’une traite. Puis, après l’avoir reposé, il se tourna et le fixa de ses yeux humides. Il y avait de la tristesse dans son regard. Un vieil homme en bout de parcours. L’archétype du sage pour qui le temps n’a plus d’importance et qui attend la mort. La mort se tenait devant lui et il l’avait senti. Le robot plaça sa main derrière la tête du vieil homme comme dans un geste de tendresse. Ils se fixèrent et, d’un coup sec, il lui brisa la nuque. Pendant un instant, le corps resta immobile puis le robot enleva sa main et il chut sur le sol avec fracas. A ce moment, la serveuse se mit à hurler et les hommes se levèrent. Une silhouette massive s’avança vers lui :

-J’crois qu’t’as un problème.

Et l’homme décocha un crochet du gauche. Le robot saisit sa main sans effort. L’homme força mais il ne put ni avancer son poing ni s’échapper de sa prise. D’autres approchaient doucement mais n’osaient pas vraiment le toucher. Ils l’encerclaient mais gardaient une certaine distance de sécurité. Le robot plia son poignet et brisa sèchement celui de son adversaire. Il le lâcha et celui-ci s’effondra à genoux en pleurant. L’automate posa alors la main sur son crâne et serra. L’homme hurla jusqu’à ce qu’on entende un énorme craquement. Les autres étaient terrorisés mais n’eurent pas le temps de fuir. Il les chargea avec un grand sourire, dans une furie meurtrière. Il tournoyait au milieu des hommes et des corps. A chaque coup, il perforait un corps de part en part et les cadavres s’amoncelaient sur le sol. Quand sa furie s’estompa, tous étaient morts. Il ne restait plus que la serveuse effrayée, planquée derrière le bar. Sa respiration l’avait trahie. Il plongea sa main derrière le bar, l’empoigna par les cheveux et la souleva. Elle hurlait et se débattait et quand tout espoir l’eut abandonnée, elle se relâcha et se laissa aller à pleurer. C’est là qu’il frappa. Il perfora ses côtes et saisit son cœur. Ses yeux étaient exorbités et sa bouche grande ouverte figée par la douleur. Elle ne pleurait plus. Il ne lui arracha pas le cœur, pas tout de suite. Il le touchait, le sentait battre. Il le caressait même délicatement, détectant chacune de ses irrégularités, appréciant ses faiblesses. Il serra ses doigts et le contraint de plus en plus dans sa main. Il le sentait pousser encore un peu, essayer de faire son travail puis faiblir, abandonner et s’arrêter. Il lâcha la chevelure de la serveuse mais pas le cœur qui s’arracha tout seul sous le poids de la chute du reste du corps. Le cœur à la main, l’automate scruta une dernière fois l’ensemble du bar. C’était beau. Il y avait du sang partout et des corps inanimés. Seules les mouches commençaient à s’agiter. Et puis ce silence. L’automate prenait vraiment son pied. Il avait recherché cet état d’accomplissement, de travail bien fait. Mais en écoutant bien, ce silence cachait une respiration. Une petite respiration faible et discrète. L’automate fit le tour du bar et découvrit une trappe entre deux frigos. Il l’ouvrit et trouva un enfant blond de cinq ans.

L’enfant l’observa tendrement, tendit ses mains pour caresser son visage et finit par sourire. L’automate sourit également et le prit dans ses bras : il allait combler son propre désir de transmission. Il ferait de cet enfant un guerrier parce que la violence, c’est ce qu’il n’avait pas appris de son père. Il allait juste passer chez Deïnos arracher un dernier cœur avant de partir.

Après midi photo à Montpellier

 

Anny devant la cathédrale St Pierre

Jeudi 15 août dernier avec Cédric Dubray Dux d’imagiLAB nous avons fait une petite après midi photos à Montpellier. L’idée de base c’était de se poser à quelques terrasses de bar et prendre des photos « urbaines ». J’adore le mélange dans Montpellier du street art et de l’architecture médiévale du vieux Montpellier.

Le parcours de notre après midi :

  1. St Roch
  2. Candole
  3. Quartier de l’université
  4. St Pierre
  5. Jardin des plantes
  6. Beaux Arts

Et pour ma part, j’ai fini à St Guilhem le désert. Soirée concert de reggae gratuit m’avait-on dit… Mais bon sang, c’était pas juste un groupe de reggae. C’était Mauresca Fracas Dub !!!! Le Rap-Reggae Occitan de mes 15 ans.

Pour accéder à cet album photo complet

stickson 5 – Funkyture 2.0

Le Week End du 20 – 21 juillet, nous prenions part à la Funkiture 2.0 organisée par l’association Baptême du Jeu sur Montpellier, dans le local du coworkin.

Nous c’est une équipe de 4 personnes : Jérémy Bressand, Kraft Jean Christophe Bernard, Anthony Barreau et moi-même.

Le thème de cette gamejam : faire un jeu multijoueur.

De notre côté, notre équipe était constituée uniquement de développeurs. Mais par contre, nous avions opté pour une techno qu’aucun d’entre nous ne connaissait : love2D.

Au final, nous avons développé en deux jours, un petit jeu de Baston à l’ancienne avec une ambiance volontairement Funky très 70’s : Les Stickson Five vs les Stickage People. Vous pouvez récupérer une archive jouable du jeu. J’ai également fait un post sur le blog de NaturalPad ou vous pourrez retrouver les liens vers d’autres jeux produits sur cette game jam.

Stickson Five vs les Stickage People est jouable à 4 avec des manettes de XBox (il paraît que les manettes ps3 marchent aussi). C’est un jeu de combat à l’ancienne, à la base notre inspiration c’est street of rage ou en plus récent, Shank. Vous incarnez un des Stickson Five dans une boîte de nuit et vous essayez de garder la boîte pour vous face aux Stickage People.

Et voici notre Post Mortem pour cette jam :

Ce qui n’a pas marché

  • La chaleur du lieu en plein été fait qu’il y a des places à ne pas prendre au coworkin. Je me suis retrouvé dos à la fenêtre et du coup j’ai passé presque tout le WE torse nu … y a des photos qui traînent sur le web. Jérémy lui s’est pris le soleil en pleine tête une bonne partie du WE. Je crois que le coworkin souhaite investir dans une clim, il leur faudrait aussi des rideaux épais.

  • Le lieu du coworkin est en plein centre ville de Montpellier. Du coup il faut venir en transport en commun ou galérer à chercher une place payante. Montpellier a une politique anti-voiture au centre.

  • Le poste de sound designer a été refilé à Anthony qui n’avait jamais fait ça et qui a dû tester un soft qu’il ne connaissait pas. Du coup il s’est retrouvé dans une position délicate et peu productive. Mais heureusement, il a su changer d’orientation, aller chercher des sons en ligne (notamment des extraits de films de Bruce Lee).

  • Le samedi soir, on avait un peu tous avancés de notre côté, sons, graphismes, GUI et gameplay mais rien n’était vraiment connecté. Du coup on avait une sensation frustrante de “ça a peu avancé”. A l’inverse, le dimanche on a commencé par tout fusionner et on s’est retrouvé devant un projet quasi bouclé très rapidement. C’était très gratifiant et motivant.

  • La syntaxe lua a un peu repoussé certains habitués de java. Et c’est un peu flippant d’avancer sur un projet en temps restreint sans bien savoir quoi faire parce que l’on découvre la technologie.

Ce qui a bien marché

  • Le lieu du coworkin était très agréable bien qu’un peu chaud. Nous êtions une petite dizaine et nous pourrions aisément être une trentaine dans ce local. L’équipe de Baptême du jeu à assuré la logistique. Des repas à heure correcte avec la quantité et la qualité qu’il fallait (on n’était pas en mode coca-pizza, plutôt salade et pâtes). Il y avait même un petit espace détente très pratique pour souffler 5 minutes, faire une sieste dans le canapé et les Baptêmes du jeu avaient aussi investi dans matelas et duvet pour ceux qui auraient finalement eu besoin de dormir sur place.

  • Beaucoup de soutien sur la techno de la part de Kevin Bradshaw. Kevin m’avait quelques jours avant initié à Love2D et il était présent sur la game jam. Bien qu’il a bossé de son côté sur son propre jeu zweinflugger, il s’est montré très disponible pour nous filer un coup de main quand on bloquait sur love2D. Au final, bien que l’on ait pris pas mal de temps à Kevin, il a pu sortir un zweinflugger bien cool et nous on est arrivé au bout d’une version jouable de notre stickson five. Love2D m’a semblé être vraiment une bonne techno pour du jeu en jam, pour du prototype, mais je ne sais pas ce que ça donnerait pour un jeu plus poussé.

  • Niveau organisation, nous avons fait le choix de commencer vendredi soir uniquement par designer le jeu et donc définir les tâches de développement pour le lendemain. Du coup on a vraiment pris le temps d’être d’accord sur le jeu et le samedi on a pu attaquer avec un bon document de game design clair et figé. On savait ce qu’on avait à faire pour sortir ce jeu.

  • On a régulièrement fait des points pour savoir ou on en était. Et cette pratique a été d’autant plus utile le dimanche car elle nous a prévu de réajuster le game design en fonction du temps restant. Ça nous a vraiment permis d’assurer un résultat de ”jeu complet” en diminuant nos objectifs en fonction du temps.

  • La répartition des tâches et l’équipe. Au final, Kraft s’est sacrifié pour faire les graphismes, Anthony pour faire le son, Jérémy s’est chargé du HUD et moi j’ai pris en charge le gameplay. Cette répartition des tâches a super bien marché. Bien sûr, on s’est filé quelques coups de main. Anthony a bossé un peu sur les manettes XBox dans Love2D (que de surprises sur la prise en charge des manettes sur Windows et Linux … les gâchettes notamment n’ont pas du tout le même comportement), Kraft et moi on a filé quelques coups de mains niveau code à Jérémy et comme dit précédemment, Kevin nous a souvent débloqué sur Love2D. Mais ce qu’on avait à faire était clair et on a bien avancé et tenu le délai en respectant un temps de sommeil respectable.

  • La prise de niveau de l’équipe a été plutôt impressionnante je trouve. On a tous appris sur Love2D, mon cousin Jérémy s’est vachement bien intégré et a sorti du code fonctionnel alors qu’il a vraiment pas d’expérience (c’est sa deuxième jam, deuxième expérience de développeur), Anthony a pris en main un soft de son qu’il ne connaissait pas et Kraft a découvert des fonctionnalités de Gimp et a appris à gérer des planches de personnage pour les animations.

Juste une petite image de Stickson Five :

CaptureStickson5

Nato – tome 1 – Le départ

Nato est un lutin, un personnage que j’ai créé il y a 13 ans maintenant. J’ai écrit la première version de ce conte vers mes 15 ans et je l’ai pas mal repris depuis. C’est un personnage qui a pas mal évolué avec les années. J’ai plus d’une dizaine de pitchs pour la suite de ses aventures et un autre tome déjà bien avancé. L’idée serait de faire une série de contes pour adolescents et adultes. J’aimerai les faire éditer avec des illustrations, et je cherche un graphiste avec lequel m’associer comme co-auteur.

Toutes ressemblances avec des êtres ou des faits réels ne seraient que pure coïncidence. L’auteur décline toute responsabilité en cas de querelle entre fées et lutins à la suite de la lecture du présent conte.

Le départ

C’est l’histoire d’un lutin ordinaire, Nato.

Comme tous les lutins, Nato a toutes les cartes en main pour être un heureux lutin. D’ailleurs, il n’existe pas de malheureux lutins, car les lutins n’ont pas besoin de grand-chose et se contentent de peu. L’hydromel leur fait tourner la tête et les pétales de coquelicots les font dormir. Et le lutin aime dormir. Il se lève pour dire bonsoir au soleil qu’il salue d’un verre d’hydromel. Il est social, et l’hydromel, il le partage. C’est un véritable rituel. Le temps que le soleil disparaisse, les lutins se regroupent petit à petit au centre du village. A chaque nouvel arrivant, tout le monde boit un verre. Tant et si bien que lorsque le soleil disparaît, le premier lutin a bu autant de verres qu’il y a de lutins. Et justement, ce soir là, le soleil était couché et le premier lutin estimait que sa gorge était encore un peu sèche. Il manquait un lutin. Ils remplirent leurs verres et se mirent à attendre.

Nato s’était levé tôt aujourd’hui. Beaucoup trop tôt pour un lutin. Il avait été réveillé par un froissement d’ailes, suivit de gémissements qui l’avaient conduit jusqu’à une fée engluée dans une toile d’araignée. Il était resté à l’observer, bouche bée alors qu’elle se débattait. Comme tous les lutins face à une fée, il eut envie d’elle. Mais là, à la voir affolée, engluée, emmêlée, il hésita. Il aurait pu la sortir de la toile et en profiter. Il aurait pu faire en sorte qu’elle y laisse ses ailes. Mais non, il l’avait délicatement dégagée et sans une aile froissée. A son tour, c’est elle qui hésita. Pour une fée, rencontrer un gentil lutin ce n’était pas commun. Puis elle s’approcha de lui et le remercia d’un baiser non volé avant de s’envoler. Nato s’assit et la regarda s’éloigner, puis il observa le soleil bien haut dans le ciel. Et, n’ayant pas d’hydromel, se roula un pétale de coquelicot.

Les relations entre fées et lutins peuvent être résumées ainsi : Les lutins rêvent de fées, mais les fées les snobent eux qui sont fixés au sol. Elles peuvent voler et ne se laissent pas facilement attraper. Elles aimeraient bien s’acoquiner mais les lutins en règle générale les mutilent, abîment leurs ailes et les condamnent à une vie terrestre.

A l’heure où tous les lutins l’attendaient verre à la main, les yeux fixés sur cette gorgée d’hydromel qui tardait à venir, Nato dormait au milieu des coquelicots et des abeilles. Ca ne s’était jamais vu, un lutin absent à l’heure des premiers verres. Mais les lutins ne sont pas de nature à s’inquiéter. Surtout pas à l’heure de la fête. Ils finirent par boire leurs verres et partirent s’amuser.

Dans les bars ou en boîte, ils s’y rendent tous les soirs. On y boit l’hydromel en quantité. On peut fumer le coquelicot et surtout, surtout, on est servi par des fées amochées, aux ailes arrachées, froissées, rongées, rognées, ligotées, pliées, brûlées, perforées, déchirées. La barbarie des lutins n’a plus de limite quand il s’agit de clouer une fée au sol. Une fois abandonnée par son tortionnaire, une fée n’a plus beaucoup d’espoir. Elle ne sait pas vivre les pieds sur terre, elle qui a toujours eu la tête dans les nuages. Et si elle arrive jusqu’à un village, elle n’aura pas d’autre choix que de faire serveuse. C’est tout ce que les lutins laissent faire à une fée torturée.

Quand arrive la fin de la soirée, les lutins fument leurs derniers pétales et font fumer les pauvres fées. C’est à celui qui ramènera le plus de fées chez lui. Les lutins de nature si gentils entre eux, en viennent parfois même à se battre. L’hydromel y est peut être pour quelque chose… A ce jeu là, Nato n’est pas fort, disons même qu’il n’est pas très motivé. Et quand il se réveille ce jour-là, le fait d’avoir raté la fête la veille ne le touche même pas. Le coquelicot d’hier devait vraiment être fort, car il lui semble que le soleil monte dans le ciel au lieu de descendre. Il décide alors de rentrer chez lui boire un bon verre d’hydromel. Ca, ça va lui remettre les idées en place. Comme le veut l’habitude, il part se regrouper avec les autres lutins. Il est le premier et les autres mettent longtemps, très longtemps à arriver. Quand ils arrivent enfin, Nato a presque déjà bu plus d’hydromel qu’il n’en faut. Il a la tête qui tourne, mais la coutume obligeant, il continue. Il n’y a pas d’absent ce soir.

Nato est attablé avec Mato, un lutin qui aime bien lui parler et semble l’écouter. En tout cas, il veut essayer de le comprendre et l’aider à s’améliorer. Ce n’est pas courant entre lutins. La plupart du temps on se contente de parler de soi et hydromel aidant, tout le monde finit par rigoler sans trop savoir pourquoi, chacun étant persuadé d’avoir une vie plus passionnante que les autres. Pourtant, ce ne sont que de simples vies de lutins faites d’hydromel, de coquelicots et de fées ravagées. Mais Nato et Mato avaient su développer des sujets de discussions peu courants pour des lutins : Pourquoi l’hydromel rend joyeux ? Pourquoi les coquelicots font dormir ? Pourquoi le soleil descend-il dans le ciel quand les lutins se lèvent ? D’où viennent les lutins, les fées ? Si le pays des fées s’appelle BeauxRêves, comment s’appelle celui des Lutins ? Est-il normal qu’Aato et Bato rapetissent et se courbent? Pourquoi Aato ne sait-il plus marcher sans une canne ? Après Zato, y aura-t-il un autre lutin et comment s’appellera-t-il?

Ce soir là, il était évident que l’on parlerait de la veille. Mato commença ainsi :
_ Alors, qu’est-ce qu’il t’est arrivé hier ? On t’a attendu pour l’hydromel.
_ J’ai rencontré une fée.
Les yeux de Mato pétillent de curiosité.
_ Où ? Comment ? Elle était belle ? Tu as fait quoi de ces ailes ?
_ Pas très loin de chez moi. Oui elle était belle, comme toutes les fées. Elle était prise dans
une toile d’araignée. Alors je l’ai aidé à s’en sortir.
_ Et t’en as bien profité, tu l’as attrapé et…
Mato est surexcité et les gestes accompagnent ses paroles.
_ Non, pas du tout. J’ai bien fait attention de ne pas abîmer ses ailes et je l’ai regardé s’envoler.
_ C’est tout ?!
_ Elle m’a embrassé avant de s’en aller.
_ Quoi !! Et malgré ça tu n’en as pas profité. Nato, ça tourne pas rond sous ton chapeau. Tu sais les fées c’est toutes les mêmes. Avec leurs airs supérieurs à nous narguer du ciel, mais au fond elles aiment toutes ça. Qu’on les tienne par les ailes et qu’on profite d’elles. Parfois même je me demande si ce n’est pas nous qui jouons leur jeu et qui sommes abusés.
_ Tu crois ?
_ Ce n’est que mon avis. Mais bon. Jusqu’ici je m’en sors mieux que toi. Ma collection d’ailes est bien plus fournie. Et puis je ne rentre jamais seul, moi !
_ C’est pas ma faute s’il n’y en a aucune qui s’approche de moi.
_ Mais t’as rien compris. C’est pas à elles de nous approcher. C’est à toi d’aller les chercher. Tu la prends et puis c’est tout. Si tu commences à être gentil et à faire attention à ne pas les blesser, elles vont rire de toi et s’envoler voir ailleurs. Elles rêvent toutes du vrai lutin. Celui qui leur déchirera les ailes. Qui boit son hydromel et les force à fumer le coquelicot. Celui qui ne leur laisse pas le temps de parler et qui les attrape sauvagement en les traitant de libellules, guêpes ou autres insectes volants. Ne jamais laisser parler une fée, ne jamais l’écouter. Tu sais ça quand même.
_ Et pourquoi ? Pourquoi il n’y aurait pas une autre manière de faire ?
_ Parce que c’est comme ça. Que tout le monde le sait et que tout le monde le fait. Si tu laisses parler une fée, elle va t’embrouiller avec ses trucs de fées, ses désirs de grand air, de voyager, d’être libre, de ne pas se laisser aller au quotidien, d’aller voir ailleurs. Un lutin est fait pour le quotidien, la simplicité, le bonheur, pas pour se prendre la tête avec des trucs de fées.
Nato sombre dans un verre d’hydromel.
_ J’ai vu le soleil monter dans le ciel aujourd’hui au lieu de descendre.
_ Et alors.
_ Et alors je me dis que tu as peut-être tort. Tout ne se passe pas forcément comme on le croit.
_ Hum. Peut-être.
Mato semble plus intéressé par la fée serveuse qui vient de passer que par la conversation. Un
instant, il y a un silence. Puis il reprend :
_ En tout cas une fée qui reste avec un lutin alors qu’elle peut voler, ça ne s’est jamais vu.
_ Oui mais ça pourrait peut-être arriver.
_ Houlà, il est temps de fumer le coquelicot je pense. Tu as bu trop d’hydromel toi. Bon, ne bouge pas, ce soir je te ramène une fée. Une avec les ailes bien amochées. Et tu vas me faire le plaisir de la traiter comme il se doit. En bon lutin que tu es.

Nato allumait à peine son pétale de coquelicot que déjà Mato revenait accompagné de deux tremblantes jeunes fées, une sous chaque bras. Nato, voilà ta fée pour ce soir. Il s’écarte et en dévoile une troisième jusqu’alors cachée derrière lui. Elle n’avait manifestement pas volé bien loin après qu’il l’ait sortie de sa toile d’araignée. La pauvre petite fée était tombée dans un piège de lutins peu de temps après et on avait écrasé, compressé, plié ses ailes jusqu’à leur donner l’aspect de deux petites boules de papier mâché. Il était heureux de la revoir mais il fut pris d’une sorte de colère intérieure, pas une de ces colères qui vous fait vous emporter et faire n’importe quoi, non, quelque chose de plus constructif. Une sorte de prise de conscience, une envie de révolte, de faire quelque chose qui ne s’est jamais fait. Il lui fit fumer le coquelicot pour ne pas éveiller les soupçons de Mato et il l’emmena rapidement chez lui prétendant qu’il était pressé de l’abîmer. Mato répondit mais il fut à peine entendu :
_ C’est bien conduis-toi en lutin et prends bien soin d’elle.
Puis il éclata de rire et traîna ses deux fées défoncées en direction de chez lui.

A peine arrivé dans son trou, Nato entreprit de remettre ses ailes en état. Il se mit à genoux derrière elle et délicatement déplia ses ailes. « Quoi, je ne te plais pas ? » pensa-t-elle en premier lieu, puis « Quel lutin étrange, il pourrait profiter de moi mais il préfère s’occuper de mes ailes. Je te préviens, si tu les remets en état, je m’envole ». Après avoir déplié les ailes, Nato évalua les dégâts. Il fallait d’abord les repasser pour leur rendre leur rigidité. Puis recoudre ça et là les morceaux déchirés, reboucher les trous les plus gros et enfin les nettoyer à l’hydromel. Nato eut les doigts brûlés, coupés, piqués, collés et l’hydromel sur chacune de ses plaies le piqua à lui faire serrer les dents.

Le soleil se leva quand il eut fini. La fée pouvait à nouveau battre des ailes. Elle décolla devant lui. Il était à genoux. Une goutte d’eau perla au coin de son œil et lentement se mit à couler le long de sa joue jusqu’à sa bouche. Elle était salée. Les lutins ne connaissaient pas les larmes. Elle s’approcha de lui, reconnaissante. Pris ses mains entre les siennes et déposa un baiser sur chacune de ses blessures, ce qui dura longtemps. Puis elle lui demanda pourquoi. « Je ne veux pas te voir clouée au sol. J’aime te voir libre, te voir voler. Je te veux que si tu me veux mais je ne veux pas que tu sois à moi ». Elle le regarda longuement, elle n’avait jamais entendu ça ni même imaginé qu’il puisse exister un lutin pareil, aussi compliqué. Elle l’embrassa et, pour la première fois, une fée qui n’y était pas contrainte prit plaisir avec un lutin, un lutin qui en profita pour ne pas l’abîmer.

Puis ils retournèrent ou ils s’étaient rencontrés. Elle l’embrassa une dernière fois et s’envola. Il la regarda disparaître et attendit à nouveau que le soleil descende dans le ciel. Il n’avait plus envie ni de boire l’hydromel ni de fumer le coquelicot. Il ne pouvait pas s’imaginer une vie de lutin ordinaire. Il lui fallait voyager, partir, bouger. Il n’avait pas d’ailes mais les sentait pousser. « Tant pis pour les fées. Ce n’est pas ma priorité. Maintenant, je vais voyager et profiter. Qui sait, peut-être que j’en rencontrerai ? Peut-être que j’irai à BeauxRêves ? Mais je ne vais pas les chercher. J’emporte un peu de coquelicot pour ne plus y penser, une gourde d’hydromel pour ne pas me retourner, ne pas regretter. De toute manière, qu’y a-t-il à regretter ? Une amitié peut-être… » Mato reçut régulièrement des lettres contant les aventures de Nato. A chaque fois, sur sa joue perlait une larme. A chaque fois, ses questions changeaient. « Peut-être que si le soleil montait dans le ciel, que si une fée avait bien voulu d’un lutin de son plein gré, alors peut-être que la vie tranquille qu’il vivait jusque là n’était pas si passionnante. Peut-être était-il temps de changer, de passer à autre chose. De chercher le bonheur ailleurs que dans l’excès, l’excès d’hydromel, de coquelicots et de fées… Peut-être qu’il était temps de bouger, d’évoluer.»

Fin du premier tome

Geek

Je profite de la Game Jam Funkitur organisée par l’association Baptême du Jeu au Co-Workin de Montpellier pour faire un post facile, encore une rétrospective d’un court-métrage chez imagiLAB.

Geek est mon premier court métrage il me semble… du coup c’est un egotrip un peu dur à regarder avec les années. Le discours est pas très clair, peut-être parce qu’il a été réalisé un peu vite et avec peu de sommeil à l’époque. Je l’ai réalisé en parallèle de ma dernière semaine de stage de Master 2 informatique à l’UM2. Du coup, rédaction de rapport la journée, montage la nuit… à ne pas refaire.

Il n’empêche qu’il y a des trucs qu’avec les années je trouve toujours sympa dans ce court métrage. La bande son de K-Struc et le passage de la soirée ou il y a un boulot FX de Thomas Npui. Le plan est en slowmo sur Marc Rodriguez l’acteur principal incrusté dans un timelaps sur le reste de l’image ou l’on voit du coup tous les autres protagonistes faire la fête. Ça manquait un peu de monde et de plus de délire quand même … Mais l’effet est maîtrisé et je garde l’idée pour un autre court. Et surtout, le lieu pour le désert… le canyon du diable. Un endroit magnifique que l’on a réutilisé pour AirMyth du coup.


Vous pouvez retrouver Geek sur le site d’imagiLAB.