infinite monkey

Dans les exercices de la masterclass de Bernard Werber y a celui du tarot. En gros, un tirage de tarot avec une certaine façon de lire les cartes qui aide à démarrer une histoire. Ca fixe des contraintes sur le personnage, le rebondissement principal, la chute de l’histoire. C’est juste un outil pour aider à démarrer. Infinite Monkey c’est une nouvelle écrite à partir d’un tirage de cartes.

Il est 15h25, dans 5 min, je vais avoir le rendez-vous le plus important de ma vie. Après 6 mois de due diligence, 3 ans à tout risquer sur ma startup, infinite monkey, à avoir mis tout ce que j’avais, à emprunter, me porter caution, quitter ma compagne, vendre tout ce que j’avais, ne plus avoir de temps pour mes amis et ma famille alors que je les ai tous fait investir dans ma boîte, Alphabet, le fond d’investissement de Google va enfin me dire si oui ou non ils achètent ma boîte pour plusieurs millions. 

Si c’est oui, je suis riche, toute ma famille et mes amis sont riches. On aura révolutionné le monde de l’édition, on aura changé la définition de ce qu’est un livre. Si c’est non, je suis endetté à vie et je n’aurai plus le courage de regarder mes proches en face, ceux qu’il me reste. Détesté de tous, je serai cité comme l’arnaqueur de la décennie, celui qui a voulu tuer le métier d’écrivain et prouver que la créativité n’a aucune chance face au calcul, aux ordinateurs et aux algorithmes.

Le stress est à son comble, je ne peux rien faire de plus, les dés sont lancés, je me suis mis sur le fil, en équilibre. Maintenant j’attends de voir vers où le vent souffle. Pour la plupart, cette situation serait insupportable. Pour moi, elle est nécessaire. J’ai besoin de tout risquer pour me sentir vivant. 

Je sais exactement comment tout a commencé, à quel moment j’ai décidé de mettre en jeu mon égo contre mon éthique. A la fac, je voulais être le meilleur, je voulais majorer en algorithmique et je voulais plaire à Julie. La plus belle fille de l’amphi et une amie de longue date. Julie et moi on révisait ensemble, je passais mes après midi chez elle à l’aider sur ces exercices, lui expliquer Dijkstra et les chaînes de Markov. Je sentais mon ego me pousser tous les jours, me dire vas-y embrasses la, dis-lui qu’elle te plait, que tu veux sortir avec elle. Mais voilà, Julie avait déjà un mec et mon éthique me freinait. Mon calcul était le suivant, si je gagne, je sors avec la fille de mes rêves mais je n’aurai fait preuve d’aucune éthique. Sinon, je perds une amie et probablement que son mec me casse la gueule. J’ai rien fait, comme un lâche. Julie est devenue instit, son mec et elle sont partis s’installer dans le nord de la France et je ne les ai plus jamais revus. 

J’ai continué mes études, j’ai fait une thèse sur l’utilisation d’humains comme ressources computationnelles, cette idée de faire produire de la valeur aux utilisateurs à leur insu. A cette époque, Google utilisait les captcha pour différencier les humains des bots. En réalité, une grosse partie des captcha étaient des caractères de pages scannées et déformées par l’arrondi de la reliure du livre. Trop compliqués à faire reconnaître par un algorithme, Google avait eu la richissime idée de faire reconnaître ces caractères déformés par des humains sans leur dire. Les utilisateurs pensaient passer un test de Turing pour accéder à un service dont ils étaient clients alors qu’ils travaillaient gracieusement pour le projet Google Books de numérisation de tous les livres.

Et puis un jour, j’ai eu des nouvelles de Julie. Sa soeur m’a envoyé une invitation pour ses funérailles. En rentrant de soirée, son mec bourré avait planté la voiture. Aux funérailles, sa soeur m’a demandé pourquoi je n’étais jamais sorti avec Julie. Elle m’aimait et avait attendu que je lui dise. Elle n’osait pas le quitter mais si j’avais osé, elle m’aurait aimé. J’ai vomi, je suis rentré chez moi m’enfermer dans ma déprime. J’ai pris la décision de toujours tenter ma chance. On était en pleine bulle des startups du web. J’aimais beaucoup lire et je rêvais d’avoir la bibliothèque universelle numérique avant Google. Et j’ai eu cette idée : l’ensemble des livres que l’on peut écrire d’une longueur n de caractères est un ensemble fini. Un bon algorithme peut générer l’ensemble des livres ayant existés, existants ou même, ceux qui ne sont pas encore écrits. Ok, ça génère beaucoup de livres inutiles ou inintéressant et il faut faire le tri, mais le bon algorithme peut me générer la bibliothèque universelle avant que Google n’ait scanné tous les livres.

Je me suis lancé dans l’aventure, j’ai tout risqué et j’attends le verdict. SI je gagne, je suis riche. Si je perds, je pars en ermite clandestin jouer au pachinko à Tokyo.

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